« On ne guérit pas en ajoutant des couches de croyances, on se libère en se délestant de ce qui nous pèse. C’est une œuvre de soustraction. »
Je n'ai pas découvert un don, j'ai simplement cessé d'habiter ma vie comme une terre étrangère. En acceptant l'invisible, j'ai enfin réintégré la part de moi que j'avais laissée sur le bord de la route.
Cette expérience est la mienne. Je ne suis prescripteur de rien, je n’ai rien à vendre. Je n’appartiens à aucun mouvement, aucun dogme, aucune forme de spiritualité. Je ne prétends pas vous apporter de solution, encore moins de certitudes. Si je couche ce récit par écrit, c’est avec l’espoir qu’il puisse être utile à celles et ceux qui, comme moi, par l’imprévisibilité de la vie, sentent leur cartographie intérieure évoluer et leurs chemins se redessiner.
Dans ces moments d’intense remise en question, méfiez-vous de celui qui prétendra vous livrer la clé. Votre chemin n’est pas balisé et vous demeurez seul pour l’arpenter. Seul. Toutes les réponses habitent déjà votre propre intérieur. Chercher des causes extérieures à nos tourments est illusoire. C’est une manière commode de nous éviter la confrontation avec nous-mêmes. On ne guérit pas en ajoutant des couches de croyances, on se libère en se délestant de ce qui nous pèse. C’est une œuvre de soustraction.
Alors, si mes mots résonnent en vous, s’ils sonnent juste, qu’ils soient des jalons sur votre propre route. Si au contraire ils brouillent vos cartes, laissez-les de côté. Empruntez un autre sentier, et revenez plus tard, peut-être, si nos routes se croisent à nouveau. Et c’est très bien ainsi.
Une existence ouverte en deux
On passe une vie à collectionner des événements singuliers, des malaises sans nom, des intuitions fugaces ou des douleurs muettes. On les range soigneusement dans une boîte étiquetée « curiosités » que l’on abandonne à la poussière, dans un coin oublié de notre demeure intérieure. Et puis un jour, à la faveur d’un événement fortuit, on trébuche sur cette boîte. On l’ouvre, et soudain tout s’éclaire.
Le philosophe Michel Onfray nomme « hapax existentiel » cet événement qui ne survient qu’une seule fois, ce séisme imprévisible qui ouvre l’existence en deux de manière définitive. J’ai vécu ce hapax le jour où j’ai accepté l’évidence : je dispose de capacités particulières avec le monde de l’invisible. Ce jour-là, ma grille de lecture s’est métamorphosée et m’a enfin permis de relire mon histoire sous une lumière nouvelle.
La fin du déni
Tout bascule lors d’un soin chez un ami magnétiseur. J’y suis allé, par amitié, sans aucune conviction. J'étouffais alors sous un mal-être cyclique, de plus en plus fort, de plus en plus prégnant dans mon quotidien. Et je ne le comprenais pas. Mon médecin l’attribuait simplement à mon « tempérament », comme une fatalité face au constat que je dressait : j’ai tout dans la vie pour être heureux, pourtant je suis malheureux.
Le soin agit comme un double choc. D’abord, un constat brutal de mon ami : « Tu es blindé de peurs ! ». Moi, peur ? Oui, j’ai le vertige, oui j’ai horreur des araignées. Mais “blindé de peurs” ? Je ne comprends pas. Puis survient la révélation physique : je sens l’énergie circuler, une chaleur intense et pourtant étrangement familière. C’est le sentiment de retrouver une maison d'enfance dont rien n’aurait changé, pas même les odeurs ni les souvenirs. L’impression de retrouver mes marques. Cette séance m’a déstabilisée, moi qui n’attendais rien et qui venais de tout recevoir.
Quelques jours plus tard, le feu s’empare de mes mains. Comme des flammes invisibles jaillissant de mes paumes et m’interdisant le sommeil. Pourtant, au fond de moi, aucune surprise, comme si une part de moi attendait ce moment et reconnaissait ces capacités. C’est la réactivation complète de mon système : magnétisme, médiumnité, capacité de sourcier… (Je reviendrai plus tard sur ce vocabulaire). Tout revient progressivement, avec une force que la raison ne peut plus feindre d’ignorer. Mais le plus bouleversant n’est pas l’apparition de ces outils ; c’est la fin d’une longue errance. Je comprends alors que j'ai vécu déconnecté de mes émotions, enfermé dans la forteresse bien commode de l’ego. Et tout fait sens, les pièces du puzzle commencent à s’emboîter.
Le Cerbère de la raison
Grâce à ce nouveau décodeur, je revois l’enfant que je suis à sept ans. La nuit, dans le silence de ma chambre, je perçois une présence, qui m’observe. J’entends distinctement des pas s’enfoncer dans la moquette. Je suis persuadé que quelque chose tapis sous mon lit m’attrapera le pied si j’en sors. Je demeure pétrifié, blotti sous mes draps, déchiré entre la terreur et l’idée que peut-être il s’agit de mon grand-père, disparu quand j’avais deux ans. Mais le Cerbère de la rationalité se dresse aussitôt : « Les fantômes n’existent pas. Ça n’arrive qu’à la télé. »
Ce conflit violent entre mes sens qui hurlent une vérité et ma raison qui la rejette crée une tension insupportable. Mon corps porte ce refus sous forme de migraines interminables que rien ne soulage. On accuse l’école, le stress, alors que je suis plutôt bon élève. En réalité, c’est le cri d’un système saturé : une partie de moi capte l’invisible quand l’autre l’interdit. Le dénouement survient par hasard devant une émission de télévision où un expert explique que ces manifestations ne sont que des « somatisations de l’inconscient ». L’inconscient me ferait sentir des choses qui n’existent pas. Mon esprit pragmatique se jette sur cette explication comme sur une bouée de sauvetage. Dès cet instant, les pas cessent, le fantôme s’évanouit, les migraines s’envolent. J'ai alors 15 ans. Et j’oublie.
Le coach invisible
Le rappel est brutal, des années plus tard, vers mes 24 ans. Le sentiment oppressant d’être observé, à nouveau. Une présence presque palpable revient me hanter, jusqu’à la peur viscérale. Un soir, à bout de nerfs, je défie le vide : « Allez, maintenant, viens ! Qu’est-ce que tu me veux ? » Une fois la colère retombée, j’expérimente mon premier phénomène de décorporation. Je me sens aspiré, arraché à mon enveloppe charnelle, flottant au-dessus de mon propre corps endormi que je peux voir.
À mon réveil, mon bras gauche s'anime, comme s’il vivait sa propre vie indépendamment de ma volonté. Et une voix murmure dans mon esprit. Cette présence se comporte comme un « coach personnel », une sorte de Maître Yoda bienveillant, tout en sagesse et en subtilité, mais sans aucune complaisance à mon égard, me révélant des parts de moi encore insoupçonnées. Durant deux ans, j’écoute cette guidance qui m'amène à transformer radicalement ma vie et ma carrière. Puis, la voix se fait discrète avant de s'effacer. Une fois de plus, mon pragmatisme occulte l'épisode au point de me faire douter de sa réalité.
La boucle se boucle
Aujourd’hui, la boucle se boucle enfin. En acceptant ces capacités, je prends conscience de tout ce qui ne résonne plus dans mon existence. Je perçois les fausses notes sans encore en saisir tous les motifs, mais avec la certitude que je ne peux plus faire semblant. Accepter cette ouverture, c’est rassurer l’enfant terrorisé par les pas sur la moquette et donner enfin un sens à ces épisodes de ma vie.
Je ne cherche pas de réponses dans un dogme ou auprès d’un maître à penser. Je préfère la liberté de l’expérience. En musique, un instrument peut être parfaitement accordé sans pour autant « sonner » aux oreilles de chacun. C’est une simple question de fréquence, de résonance intérieure. En évoquant mon intériorité, j’essaie de mettre des mots sur ce qui est fondamentalement quelque chose qui se vit d’une manière singulière. Je tâche de la restituer en utilisant des métaphores qui me permettent, du moins je l’espère, de parler à autre chose qu’à votre cerveau. Je cherche à faire jouer en vous cette corde qui vous fera sentir à l'intérieur de vous, sans intellectualiser, ce que je tente de décrire par des mots. Ne gardez de ce récit que ce qui résonne en vous, que ce qui sonne pour vous. Mon but n'est pas que vous adoptiez ma mélodie, mais que mon propre accordage vous aide à identifier le moment où votre instrument commence à jouer juste.
Le voyage peut maintenant commencer.
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